Giulio MINGHINI, Fake
Certains forums, certains sites sont hantés par des "fake", ou "doubles comptes", qui constituent des identité dérivées. Ainsi une même personne pourra se faire connaître par des personnages différents, exploitant les possibilités de cachotteries propres à internet, pour fabriquer des masques. Où est la manipulation? où est le jeu? A quoi cela mène-t-il? Le premier roman de Giulio Minghini, Fake, aborde cet aspect amusant ou inquiétant, selon les points de vue, de la grande vacuité internautique.
Le narrateur, sortant d'une pauvre histoire d'amour, découvre une nouvelle drogue : les sites de rencontres. Il ira sur meetic et pointscommuns.com, ce dernier site se singularisant par ses prétentions culturelles. C'est un monde de fantômes, de personnes ayant des velléïtés artistiques ou sentimentales, et pondant des merdouilles sur leurs blogs. Le narrateur inflige à ce monde, dont il fait partie, le juste châtiment du sarcasme. Au début, il joue le jeu des sites, et fait preuve pour s'adapter d'un singulier talent de dissimulation. Il adopte une position de retrait, et compose avec facilité ses comportements. En même temps il ne cesse de se fuir lui même, de se perdre en aventures diverses, qu'il peut d'autant mieux traiter avec un mépris extérieur, qu'elles se multiplient. Suite à certaines déceptions, il va plus loin dans le jeu, et façonne des identités multiples qui vont intéragir avec les autres fantômes du site. C'est à cela que se réfère le titre. Dans la création de ces personnages, qui finiront par se parler entre eux, il semble que la mécanique romanesque envahisse les lieux de rencontre, et finisse par remplacer la "communication", si vantée sur internet. Cela en fait par excellence une matière romanesque. Mais le narrateur n'exploite pas cet aspect esthétique : tout est le symptôme d'une décomposition intérieure, qui tient du vertige, et dont l'auteur rend compte avec une grande lucidité. Plutôt qu'une histoire baroque où le narrateur se serait complu dans l'illusion, on a au contraire un récit linéaire, simple, et efficace d'une mortification sociale et humaine. Le tout est sans cesse animé d'un esprit satirique vif et drôle, quoique grinçant.
Giulio Minghini, Fake, Allia, 2009.
Le narrateur, sortant d'une pauvre histoire d'amour, découvre une nouvelle drogue : les sites de rencontres. Il ira sur meetic et pointscommuns.com, ce dernier site se singularisant par ses prétentions culturelles. C'est un monde de fantômes, de personnes ayant des velléïtés artistiques ou sentimentales, et pondant des merdouilles sur leurs blogs. Le narrateur inflige à ce monde, dont il fait partie, le juste châtiment du sarcasme. Au début, il joue le jeu des sites, et fait preuve pour s'adapter d'un singulier talent de dissimulation. Il adopte une position de retrait, et compose avec facilité ses comportements. En même temps il ne cesse de se fuir lui même, de se perdre en aventures diverses, qu'il peut d'autant mieux traiter avec un mépris extérieur, qu'elles se multiplient. Suite à certaines déceptions, il va plus loin dans le jeu, et façonne des identités multiples qui vont intéragir avec les autres fantômes du site. C'est à cela que se réfère le titre. Dans la création de ces personnages, qui finiront par se parler entre eux, il semble que la mécanique romanesque envahisse les lieux de rencontre, et finisse par remplacer la "communication", si vantée sur internet. Cela en fait par excellence une matière romanesque. Mais le narrateur n'exploite pas cet aspect esthétique : tout est le symptôme d'une décomposition intérieure, qui tient du vertige, et dont l'auteur rend compte avec une grande lucidité. Plutôt qu'une histoire baroque où le narrateur se serait complu dans l'illusion, on a au contraire un récit linéaire, simple, et efficace d'une mortification sociale et humaine. Le tout est sans cesse animé d'un esprit satirique vif et drôle, quoique grinçant.
Giulio Minghini, Fake, Allia, 2009.
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