Pierre MICHON, Les Onze
Pierre Michon est un des auteurs actuels les mieux considérés de la critique littéraire. Ses Vies minuscules ont marqué par la singularité du projet et de l'écriture. Ici, Michon fait un genre d'essai biographique sur le grand peintre Corentin, dont la plus fameuse oeuvre, Les Onze, représente les onze membres du Salut public, responsables de la Terreur : Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André. Cette oeuvre où se condensent les forces obscures de l'Histoire en un tableau collectif, perversion de la Cène, a fasciné les générations qui ont suivi, et notamment Michelet, qui lui consacre une douzaine de pages, extrèmement inspirées jusque dans leurs inexactitudes. La toile est remarquablement exposée au musée du Louvre, et éclipse le Marat de David.
Certes, ni le peintre ni la toile n'ont jamais existé, mais peu importe. Il s'agit d'une uchronie minuscule. Habituellement une uchronie porte sur les conséquences imaginaires d'un évènement qui n'a pas eu lieu. Par exemple certains ont imaginé ce qui se serait passé si l'empire romain ne s'était pas converti au christianisme. Mais chez Michon, il s'agit juste d'insérer dans l'Histoire une oeuvre et un peintre qui auraient fait date, et de rendre ce tableau imaginaire conforme au reste de l'époque, et de pousser la vraisemblance de l'objet imaginaire jusque dans ses retentissements ultérieurs. Le tout constitue un jeu qui a du relief. À travers cette oeuvre dans l'oeuvre, Michon ressaisit poétiquement le visage de la Terreur.
Le projet est peu commun, mais je n'ai pu m'empêcher de trouver l'ensemble assez vain. L'écriture de Michon, qui se veut poétique, emploie trop de répétitions. Ce discours ressassant est ennuyeux à la longue. Trop souvent l'impression se dégage que l'écriture déploie bien des artifices pour pas grand chose. Pour ma part, si je devais conseiller un livre de Michon, ce ne serait certainement pas celui-là, mais bien les Vies minuscules.
Certes, ni le peintre ni la toile n'ont jamais existé, mais peu importe. Il s'agit d'une uchronie minuscule. Habituellement une uchronie porte sur les conséquences imaginaires d'un évènement qui n'a pas eu lieu. Par exemple certains ont imaginé ce qui se serait passé si l'empire romain ne s'était pas converti au christianisme. Mais chez Michon, il s'agit juste d'insérer dans l'Histoire une oeuvre et un peintre qui auraient fait date, et de rendre ce tableau imaginaire conforme au reste de l'époque, et de pousser la vraisemblance de l'objet imaginaire jusque dans ses retentissements ultérieurs. Le tout constitue un jeu qui a du relief. À travers cette oeuvre dans l'oeuvre, Michon ressaisit poétiquement le visage de la Terreur.
Le projet est peu commun, mais je n'ai pu m'empêcher de trouver l'ensemble assez vain. L'écriture de Michon, qui se veut poétique, emploie trop de répétitions. Ce discours ressassant est ennuyeux à la longue. Trop souvent l'impression se dégage que l'écriture déploie bien des artifices pour pas grand chose. Pour ma part, si je devais conseiller un livre de Michon, ce ne serait certainement pas celui-là, mais bien les Vies minuscules.
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