Jean TEULÉ, Mangez-le si vous le voulez

Publié le par Lucretius

L'histoire que raconte Jean Teulé est celle d'un fait divers historique : comment un brave type, apprécié de tous, va se trouver victime du plus abominable des lynchages. L'auteur montre avec précision l'enchaînement des faits. Au départ, l'atmosphère est festive, faussement joviale, on cache mal la réalité derrière : la guerre contre la Prusse fait rage, mais les paysans périgourdins, analphabètes, ignorent le cours catastrophique qu'elle a pris.  Une simple série de malentendus va transformer le bon garçon que tout le monde connaît en monstre prussien. La colère de la foule s'abat alors sur lui avec une rare violence, alors même que certains tentent de les ramener à la raison. L'abomination est décrite avec précision. On voit surgir cette folie de la foule, ainsi que le mécanisme si connu du bouc émissaire.

Le récit de Jean Teulé ne nous apprend rien dessus : si on veut aprofondir l'analyse des meurtres de foules, rien n'est plus précieux que la lecture de René Girard. Le mérite de ce roman est simplement de montrer concrètement, factuellement, journalistiquement pour ainsi dire, un phénomène qu'on a trop souvent tendance à tenir pour une abstraction lointaine. Le récit est bien mené, et terrifiant dans le détail.
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R
Je n'ai pas lu le roman ou récit dont vous parlez, ni ses sources, s'il y en a. Je n'en connais que ce qu'on trouve sur le site de Julliard, et cela me parait suffisant pour me dispenser de le lire, mais pas pour me dispenser de vous faire part de mon désaccord sur votre commentaire quand vous écrivez : "si on veut aprofondir l'analyse des meurtres de foules, rien n'est plus précieux que la lecture de René Girard".<br /> Ce n'est pas la faute de frappe ou d'orthographe que je souhaite sous signaler, bien que je doive vous avouer que je les trouve rarement innocentes, à commencer par les miennes quand je les découvre en me relisant, et c'est uniquement de ce précédent que je me réfère pour imaginer qu'un brillant linguiste, dont j'ai apprécié les connaissances en phonétique, mais que j'ai vu parfois distrait, a introduit un alpha privatif, sans pour autant prendre cette supposition pour argent comptant, mais seulement pour une éventualité qui n'est pas exclue a priori, surtout si elle a résisté à une relecture.<br /> Je pense qu'il est illusoire de croire qu'on pourrait approfondir l'analyse des meurtres de foules et qu'il est très dangereux de vouloir le faire, et ici je parle d'expérience. Une fois qu'on a repéré l'imperium qu'exerce le mimétisme sur les comportements, en y échappant soi-même suffisamment pour ne pas même en être dégoûté, c'est ce déterminant qu'il faut utiliser avec sang-froid pour produire une diversion qui permet l'évasion, voire même attirer sur soi la colère pour protéger la victime si on sait comment s'en tirer. Mais pas en tenant tête à la foule et encore moins en essayant de la raisonner; un mot d'esprit vaut mieux parce qu'il détend l'atmosphère.<br /> Vouloir approfondir l'analyse d'un comportement grégaire ne conduit qu'à ajouter une nouvelle erreur d'interprétation aux nombreuses fausses explications que les interprétations font après coup d'un lynchage, c'est-à-dire d'un comportement collectif qui échappe à toute explication individuelle, sauf à l'aveu de la perte de son indiviualité.<br /> C'est l'erreur que je reproche à René Girard là<br /> http://rjondeau.canalblog.com/tag/philosophie<br /> Le seul piquant de l'affaire est peut-être l'anthropophagie si ce elle n'est pas une légende ajoutée après coup pour corser le récit d'un évènement malheureusement fréquent, et le faire sortir de la banalité.<br /> Bien à vous;<br /> Putakli
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