Sylvie GERMAIN, Hors Champ
Cela commence comme dans une nouvelle de Kafka, par un réveil. Cependant, le personnage Aurélien, n'est pas tout de suite changé en cafard ou convoqué à un procès farfelu. Mais quelque chose ne cadre pas. Peut-être est-il soudain hors du coup, ou bien c'est le monde lui-meme qui s'acharne sur lui, par petites touches, non, plutôt par petites incises et piqûres, pour lui déclarer sa monstrueuse incongruité? Tout est banal et familier : les objets qui ne marchent pas comme il faudrait, le métro trop crasseux et commun pour s'élever à la dignité d'un Enfer (mais tout de même), la petite amie, si ignoble par certains côtés, le travail, l'ami Maxence, etc. Et tout se revet d'un brouillard étrange et inquiétant ; on dirait presque que tous ces détails sont les motifs tracés sur un tissu trop froissé pour qu'on puisse tout de suite distinguer l'effrayant dessin. Aurélien devient flou, comme dans cette fameuse scène de Deconstructing Harry de Woody Allen, qui est curieusement la seule de ce film qui ait vraiment marqué les mémoires. Et malgré tous ses efforts, il ne peut pas rentrer pas dans le film. Quelque chose échappe ou résiste ; quelque chose que Sylvie Germain approche par la poésie de son style. Le personnage a son double, un frère idiot, qui a conservé un langage enfantin. Lui, on pourrait dire qu'il échappe par nature, il n'a pas le choix ; mais il renvoie une image familière aux gens qui croient bien rentrer dans le scénario et le cadre.
Le tout intrigue, mais on se rend compte très vite qu'il n'y a pas d'issue possible : ce genre de littérature creuse le malaise - ce qui est très bien - mais se condamne à une aporie de la forme. On pourra donc tantôt se laisser entraîner dans ce monde étrange et âpre, tantôt être plus sensible à l'artifice de l'auteur, et trouver la chose un peu factice. Des impressions ambivalentes et réversibles peuvent donc naître de la lecture de ce livre : intéressante expérience.
GERMAIN (Sylvie), Hors champ, Albin Michel, 2009.
Le tout intrigue, mais on se rend compte très vite qu'il n'y a pas d'issue possible : ce genre de littérature creuse le malaise - ce qui est très bien - mais se condamne à une aporie de la forme. On pourra donc tantôt se laisser entraîner dans ce monde étrange et âpre, tantôt être plus sensible à l'artifice de l'auteur, et trouver la chose un peu factice. Des impressions ambivalentes et réversibles peuvent donc naître de la lecture de ce livre : intéressante expérience.
GERMAIN (Sylvie), Hors champ, Albin Michel, 2009.
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