Patrick Chamoiseau, L'esclave vieil homme et le molosse
Ce roman ne semble au départ qu'une histoire de maître et d'esclave : le maître domine le territoire, avec son fusil et ses chiens, et les esclaves ne peuvent s'échapper sans finir dans leurs mâchoires.
Mais il s'agit de bien autre chose en même temps : le vieil homme, taiseux, "docile entre les dociles" et qui semble avoir oublié tout ce qu'il était, mais qui ose finalement affronter la forêt tient un peu du vieil homme d'Hemingway, à la différence qu'il ne part pas pour être le chasseur, mais pour être la proie d'un molosse monstrueux, digne de Cerbère. L'histoire de cet homme prend très nettement une allure d'initiation : il se coupe du groupe, se sépare pour pénétrer dans un espace hautement dangereux, mais où tout revet un sens plus profond, et où s'abolit sa condition servile. Émancipation dans un chaos qui vous domine, c'est une ambivalence propre à un espace sacré.
Ce n'est pas seulement par le fil narratif que le livre propose de suivre les affres de cette initiation, c'est aussi dans la langue. C'est le papa-conteur qui, sans s'en rendre compte, est à l'origine du brusque départ de l'esclave. Le Verbe fait se mouvoir les hommes et les choses, il a des accointances avec le sacré, mais pour retrouver le Verbe, aucune langue ne suffit. Et de fait la langue de Chamoiseau ne cesse de puiser dans les mots savants, les mots créoles, les mots typiques, les mots anciens, les mots qui n'existent pas encore, pour inventer un style propre, imagé, et qui charrie simultanément beaucoup d'images et d'expressions surprenantes.
Ce n'est pas dans cet ouvrage qu'on trouvera de la mesure, du bon goût, ou de la simple rationnalité, mais l'expérience est menée jusqu'à son terme, et donne quelque chose de profondément original.
Mais il s'agit de bien autre chose en même temps : le vieil homme, taiseux, "docile entre les dociles" et qui semble avoir oublié tout ce qu'il était, mais qui ose finalement affronter la forêt tient un peu du vieil homme d'Hemingway, à la différence qu'il ne part pas pour être le chasseur, mais pour être la proie d'un molosse monstrueux, digne de Cerbère. L'histoire de cet homme prend très nettement une allure d'initiation : il se coupe du groupe, se sépare pour pénétrer dans un espace hautement dangereux, mais où tout revet un sens plus profond, et où s'abolit sa condition servile. Émancipation dans un chaos qui vous domine, c'est une ambivalence propre à un espace sacré.
Ce n'est pas seulement par le fil narratif que le livre propose de suivre les affres de cette initiation, c'est aussi dans la langue. C'est le papa-conteur qui, sans s'en rendre compte, est à l'origine du brusque départ de l'esclave. Le Verbe fait se mouvoir les hommes et les choses, il a des accointances avec le sacré, mais pour retrouver le Verbe, aucune langue ne suffit. Et de fait la langue de Chamoiseau ne cesse de puiser dans les mots savants, les mots créoles, les mots typiques, les mots anciens, les mots qui n'existent pas encore, pour inventer un style propre, imagé, et qui charrie simultanément beaucoup d'images et d'expressions surprenantes.
Ce n'est pas dans cet ouvrage qu'on trouvera de la mesure, du bon goût, ou de la simple rationnalité, mais l'expérience est menée jusqu'à son terme, et donne quelque chose de profondément original.
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