Jean-Bernard Pouy, Nous avons brûlé une sainte

Publié le par Lucretius

Nous avons brûlé une sainte, est un roman qui comme chez Vargas relève autant du polar, que du jeu littéraire fantaisiste et léger. Si les cadavres s'accumulent, on n'en ressentira nulle angoisse, nul déplaisir. De fait il s'agit là d'un groupe terroriste qui défend une bonne cause, et qui a la caution de la poésie et de l'histoire de France. Le groupe s'attaque en effet à tous les symboles de la présence anglaise en imitation de Jeanne d'Arc, avec audace et élégance. Le tout est agrémenté de citations de Rimbaud qui sonnent toujours juste. Le crime devient un jeu littéraire amusant, où tout l'enjeu est de faire en sorte que la fiction romanesque parvienne à réactualiser à notre époque le mythe de Jeanne d'Arc, et celui de Rimbaud. L'improbable pari est tenu, et cet objet sans vraisemblance, donne beaucoup de plaisir, ne serait-ce que par le style.
Depuis deux mois que je tiens ce blog, je suis frappé par le fait que l'association du crime et du jeu poétique revienne si fréquemment dans les ouvrages modernes. Que ce soit de manière discrète chez Bolano, fantasmatique chez Somoza, ou légèrement loufoque comme chez Vargas, la poésie est détournée, et sert de support à des constructions sanglantes. Le meurtre devient le prétexte à des compositions savantes, qui peuvent donner des résultats étonnamment variés.

POUY, Jean-Bernard, Nous avons brûlé une sainte, folio policier, Gallimard.
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Publié dans Polars

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