Leibniz, Discours de métaphysique

Publié le par Lucretius

Esprit singulier, grand mathématicien et philosophe, Leibniz a développé à la même époque que Spinoza une métaphysique qui semble partir de supposés totalement contraires. Spinoza nie farouchement la notion de cause finale y voyant un genre de supersitition, Leibniz y voit au contraire un principe explicatif rationnel des plus puissants. Le Discours de métaphysique  va tâcher de montrer comment la volonté de Dieu fait ses choix, et toutes les conséquences, parfois paradoxales, que cela implique.
Ce discours se présente comme un ensemble de chapitres brefs, dont les titres exposent explicitement le point qui sera démontré. Le tout est écrit avec une clarté remarquable. Leibniz a recours au besoin à des comparaisons ou des métaphores, sans que cela ôte quoi que ce soit à la teneur abstraite du raisonnement. Il parvient ainsi à un équilibre de style remarquable, la spéculation abstraite n'est pas absconse, et n'exclut pas l'élégance.
Comme Spinoza et tous les philosophes de l'époque, Leibniz associe Dieu à la notion de perfection. Au passage, il reprend la "preuve" ontologique cartésienne de son existence, mais la modifie. Chez Descartes, l'idée qu'on a de la perfection de Dieu, implique par nature l'existence car l'existence est une perfection. Leibniz objecte qu'on peut avoir des conceptions qui ne correspondent à aucune réalité, comme par exemple un nombre qui serait le plus grand de tous. Mais cette suprématie d'un nombre par rapport à tous les autres est impossible. En revanche Dieu est possible, et du fait qu'il est perfection possible, il existe. Pour ma part, je ne suis pas très convaincu, mais le raisonnement me parait astucieux.
A cause de sa perfection, Dieu choisit toujours le meilleur possible. Le bon et le mauvais ne sont pas des jugements arbitraires, ils découlent au contraire de la perfection divine, de sorte que par nécessité il a créé selon ce critère, parmi tous les possibles qu'il avait. Mais alors se pose le problème de la liberté. Les actions humaines sont elles entièrement déterminées par Dieu? D'après Leibniz la connaissance que Dieu a de nos actions futures n'implique pas qu'elles soient nécessaires. La connaissance divine et la puissance exercée sont choses différentes. Mais cette explication ne suffit pas. Pour établir cette liberté, Leibniz pose la distinction entre le nécessaire et le contingent. Est nécessaire ce dont le contraire est impossible. César aurait pu ne pas franchir le Rubicon. Cette action est contingente et ne découle pas de la définition de sa substance. Tout ce qui unit César à cette contingence, c'est le fait que Dieu ait fait le dessein que César allait franchir le Rubicon. De telle sorte, que si de toute éternité César devait franchir le Rubicon, du moins l'a-t-il fait par la spontanéité de sa substance. César a incliné vers ce choix librement, alors même qu'il était prévu qu'il agirait ainsi.
Chez Leibniz les substances ne communiquent pas directement entre elles. Tout ce qui va leur arriver, y compris par accident, y compris de manière contingente, est déjà en elle. Les substances individuelles sont des mondes à part entière, qui multiplient chacune le monde, de la même manière qu'une ville sera multipliée par les représentations qui sont faites de la ville, selon les points de vue. Chez Leibniz, les substances contiennent potentiellement tout ce qui va se dérouler, et les communications entre substances ne se font que par Dieu. Les idées mêmes que nous avons, ne sont pas à confondre avec les concepts. Car nous pouvons avoir des idées sans que nous les ayons encore conçues. En témoigne la manière dont Platon, sans jamais dire les solutions, a fait progresser un élève de telle sorte qu'il découvre par lui même les vérités mathématiques découvertes avant lui. L'entendement établit des relations, il a une réalité, et contient potentiellement tous les concepts qui vont surgir.
La question n'est plus de savoir pourquoi Judas a péché, mais pourquoi Dieu a décidé de créer une substance encline à pécher, et pourquoi ce mal permettait, dans le dessein de Dieu, d'aboutir à un bien infiniment plus grand. Leibniz voit en la création un ensemble de lois, un échaffaudage cohérent, mais qui n'est qu'un possible. Dieu a fait son choix, et nous ne pouvons pas tout mesurer.
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Publié dans Philosophie

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