Vulgarisations sur le bouddhisme

Publié le par Lucretius

Le bouddhisme est une religion ou une sagesse (selon les cas ou les points de vue) qui offre une matière particulièrement foisonnante immense, et difficilement saisissable, quand on n'y connaît pas grand chose, ce qui est mon cas. J'ai lu des vulgarisations qui me sont passées sous la main, qui m'ont permis de me faire une idée globale de la chose.

Je vais commencer par le livre qui m'a paru le plus clair, le plus aisé d'accés : Le bouddhisme, Histoire, courants religieux, cultures, de Quentin Ludwig, chez Eyrolles. L'effort pédagogique y est remarquable: la mise en page est claire, fait ressortir les notions importantes. L'introduction générale dresse un tableau général du bouddhisme: c'est une première synthèse, bien menée, même si on peut regretter que la question de savoir si le bouddhisme est une religion est traitée de manière un peu légère : l'auteur semble avoir une définition un peu étroite et simple de la notion de religion, laquelle n'est pas même explicitée. Mais pour le reste, tous les repères historiques, géographiques et culturels sont posés.
On y apprend ainsi que le Bouddha historique a vécu au 6° siècle avant Jésus-Christ, et que dans un contexte où le brahmanisme dominait, il a développé une voie originale pour atteindre le nirvana. Le nirvana est un état inconditionné, qui chez les hindouistes et les bouddhistes, consiste en un genre de pureté, qui met à un niveau tel que le cycle infernal des renaissances est aboli. Dans l'hindouisme, un grand nombre de pratiques rituelles, de sacrifices, d'oblations, accompagnaient ces exercices de méditation. Le Bouddha au contraire va renoncer à ces rituels, à toute violence sacrificielle, et inventer une discipline de méditation, qui n'a pas besoin d'autoflagellations. Le Bouddha aura très vite des disciples formant une communauté appelée Sangha. Le disciple ne doit pas croire sur parole, ne doit pas accepter comme vrai ce qui repose sur une tradition, mais écouter attentivement le maitre, et éprouver la vérité, ou non, de ses paroles.
Cet enseignement premier du bouddha, et la codification qu'en feront les moines du sangha, est appelé Hinayana (petit véhicule). Les canons écrits en pali conservent les concepts fondateurs de cette sagesse. A cela s'oppose le Mahayana (grand véhicule), plus ouvert, qui développera des concepts et des idées particulières, et surtout, pourra s'adapter aux religions établies les plus diverses. C'est le bouddhisme mahayaniste, intégrant les rituels, les croyances en dieux locaux devenus des Boddhisatva, les pratiques magiques, etc. qui se répandra le plus, avec des variantes souvent étonnantes.
Face à la complexité d'un tel phénomène, un livre comme celui de Quentin Ludwig donne d'excellents points de repères, mais au prix de quelques simplifications.
Ensuite le livre développe une série d'articles sur des thèmes importants du bouddhisme, articles classés par ordre alphabétique. Ce choix me parait malheureux, car par exemple des points qui devraient être très proches, comme ceux de la doctrine première du Bouddha sont séparés artificiellement. Des données historico-religieuses, comme "le Bouddha au japon", sont mis au milieu de données plus spéculatives. Malgré cet ordre arbitraire, chacune des notions est très bien présentée, et l'auteur va à l'essentiel. C'est un ouvrage qu'on peut consulter à côté d'ouvrages un peu plus complexes, et qui en complément d'une autre lecture, est un très bon instrument.

L'ouvrage de Peter Harvey, Le Bouddhisme, enseignement, histoire, pratique, est agencé de manière beaucoup plus rationnelle. Une première partie développe le contexte indien dans lequel est né le Bouddha, contexte riche, rempli d'interrogations, où l'on voit que le bouddhisme n'est pas un phénomène isolé. Il existait d'autres écoles influentes en rupture avec le brahmanisme officiel: les uns pronaient un matérialisme digne de Démocrite et d'Épicure, niant qu'il y ait des renaissances, ou qu'il y ait une illumination possible; les autres faisaient preuve d'un esprit critique vif, et d'un scepticisme en toutes choses. Enfin il existait un fort courant religieux, le Jaïnisme, qui pronait une ascèse rigoureuse, donnant une belle part aux mortifications.
Peter Harvey développe ensuite les conceptions du Bouddhisme premier, d'une manière claire, et plus approfondie que dans le livre de Quentin Ludwig. L'auteur anglais détaille très bien les étapes transitoires de l'émergence du Mahayana à partir du bouddhisme premier. Cette partie est particulièrement subtile et intéressante, car elle montre le cheminement et les heurts d'une pensée, et ne ne borne pas à donner des points de repères.
Il développe très bien par exemple la perspective du Sunyatavada (voie de la vacuité). Niant les substances individuelles, ou les unifications trompeuses du "soi", cette philosophie met l'accent sur le vide de nos perceptions et conceptions. Le Nirvana est lui même vacuité, il ne s'oppose pas au samsara (cycle des renaissances), et s'identifie à lui. De sorte il s'agit moins de se débarasser de la mauvaise souillure (le samsara), pour arriver à un état pur (le nirvana), que d'atteindre une meilleure compréhension de la même chose. Il ne s'agit pas d'atteindre, mais de découvrir, par des "moyens habiles", le nirvana qui n'est pas fondamentalement hors de nous. D'après ces conceptions, le Bouddha s'est adressé dans un certain contexte, et a utilisé des moyens habiles pour mener à la sagesse: sa parole n'est pas ultime. Ainsi on voit comment, d'un point de vue intellectuel, on passe à une voie de sagesse plus ouverte, et qui puisse supporter de nombreux syncrétismes.
Ensuite l'ouvrage détaille l'expansion du Bouddhisme, et met toujours l'accent sur les questions, les querelles qui se sont posées. Au lieu d'avoir un tableau systématique et tranché, on assiste à une série de nuances, d'arrangements, d'affrontements, qui sont très intéressants. Mais du moins faut-il suivre, d'où l'utilité d'ouvrages plus simples comme celui de Quentin Ludwig. Enfin le livre s'achève sur les questions de l'éthique bouddhique, de ses pratiques religieuses rituelles, en tenant compte de la variation dans l'espace et le temps.
Il s'agit donc d'une synthèse très complète, écrite clairement, et que je recommande particulièrement pour tous ceux qui comme moi, veulent avoir une première approche de la question, mais qui ne soit pas excessivement simplificatrice.

Enfin, un ouvrage plus difficile à se procurer, mais qui prend un angle plus particulier, m'a paru tout à fait intéressant, c'est Le bouddha et ses disciples de Mohân Wijayaratna. Il s'agit d'un ensemble de textes du canon Pali. On voit ainsi à travers les textes eux mêmes, la sagesse du Bouddhisme premier. Cette matière assez difficile, est servie par des introductions remarquables de précision et de clarté. On a donc une plongée dans le "Hinayana", mais qui ne se fait pas à l'aveuglette, on est bien guidé. Les textes de ce genre, sans éclairage, ne feraient que dérouter, déconcerter, et ennuyer. C'est donc là aussi, un très bon ouvrage d'initiation.

LUDWIG Quentin, Le bouddhisme, histoire, courants religieux, cultures, Eyrolles Pratique.
HARVEY Peter, Le bouddhisme, enseignements, histoire, pratiques, Seuil.
WIJAYARATNA Mohân, Le bouddha et ses disciples, Cerf.
 

Publicité

Publié dans Comparaisons

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
D
Voilà une comparaison claire et précise sur un thème dont je ne connaissais rien. Tu expliques bien les atouts de chaque ouvrage, sans oublier de le replacer constamment auprès des deux autres. J'ai toutefois une question ; est-ce que ce sont les trois seuls ouvrages que tu as lu, ou bien sont-ce les trois meilleurs ? <br /> <br /> Et pour finir, une petite requête. Je m'attarde actuellement sur la mythologie égyptienne. Je ne suis pas un lecteur rapide, et le livre de N. Guilhou et J. Peyré chez Marabout devrait me tenir un moment, aussi un comparatif des principaux ouvrages sur cette antique mythologie m'aiderait à bien m'orienter dans mes choix d'ouvrages futurs. <br /> <br /> Bonne continuation, <br /> D.
Répondre
L
<br /> Ce sont simplement les ouvrages que j'ai lus, il en existe probablement d'autres qui sont aussi intéressants. Sinon, il faudrait aussi un jour que fasse un comparatif des ouvrages sur la mythologie<br /> égyptienne, ce serait l'occasion aussi de découvrir pour moi.<br /> <br /> <br />