Dirk WITTENBORN, Le remède et le poison

Publié le par Lucretius

Le titre original de ce livre, qui aurait pu être conservé, est "Pharmakon" : ce n'est pas de l'anglais, c'est du grec, qui signifie à la fois remède et poison. Dans un sens dérivé, c'est aussi le bouc émissaire. Et enfin "pharmakon" renvoiera irrésistiblement à l'industrie pharmaceutique. Le roman de Dirk Wittenborn se situe précisément au moment où la pharmacie commence à s'emparer des problèmes psychiques, et où les docteurs, après l'époque un peu rude des lobotomies, sont de plus en plus séduits par les prescriptions de bonheur sur ordonnance.
Le docteur Friedrich, qui a élaboré des tests reconnus, pourvu d'une grande aisance dans le maniement des statistiques, décide d'expérimenter un nouveau remède qui viendrait de shamans de peuplades cannibales, qui permet aux sujets mal dans leur peau et inadaptés de prendre leur essor, et de gagner une aisance qu'ils n'auraient jamais eu naturellement.
Les résultats sont spectaculaires, notamment sur Casper, un être d'une intelligence redoutable, mais complètement hors du coup, névrotique, déphasé. Pour rentrer à une grande école, il avait eu la brillante idée de présenter un projet de bombe atomique.  Jusqu'à quand le remède n'est il que remède?
Sur fond de malaise psychique, ce roman déploie une narration empoisonnée, qui réserve quelques surprises. L'ambiguité du personnage principal du docteur est passionnante, et les conséquences imprévisibles du "pharmakon", jusque dans l'histoire familiale, fascinent. A mon sens, de  tous les romans qui sont parus récemment, c'est l'un des plus forts.
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