Clair-obscur de Sôseki

Publié le par Lucretius

Sôséki est un écrivain japonais mort au début du 20° siècle. Il est difficile de raconter son dernier roman, Clair-obscur, qu'il n'a pas achevé. Il s'agit au départ d'un homme marié et malade, Tsuda, qui, pour payer des frais de clinique exorbitants, doit faire des demandes plus ou moins habiles aux membres de sa famille, avec qui il est en froid. De son côté, son épouse Nobuko, fait ses propres démarches pour obtenir l'argent, et entrevoit peu à peu, avec une intelligence terrifiante, la faille qui réside dans leur couple. Certains personnages en savent plus long qu'elle, comme l'ancien ami de Tsuda, Kobayashi. Celui-ci est un marginal, méprisé de toute la société, et qui utilise son statut par lequel il n'a plus aucune considération à perdre, pour installer une gêne partout où il passe, sans qu'on puisse savoir s'il s'agit d'inconscience, de sadisme vengeur, ou de sagesse.

Sôséki déploie peu à peu une trame subtile, emplie de sarcasmes, où les personnages s'affrontent dans des dialogues incicisifs et brillants. Plus on avance, plus on est pris dans les fils de ce piège littéraire génial. Devant ces luttes mesquines et fondamentales à la fois, le lecteur peut être partagé entre une compassion angoissée, une certaine moquerie, et une jubilation de bête carnacière. Kobayashi à cet égard est l'un des personnages les plus intéressants, et les plus troublants.


Vers la fin, le roman prend un tournant tout autre, toujours aussi implacable, mais avec une poésie inattendue. Même dans son inachèvement, l'opacité et l'ambivalence de ce roman est si étrange, si unique, qu'elles en font un livre infiniment plus recommandable que beaucoup de choses bien simplettes, et bien finies.

 

SOSEKI (Natsume), Clair-obscur, Ed. Rivages.


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