Sandro Veronesi, Chaos calme

Publié le par Lucretius

Au moment où un homme sauve une femme de la noyade, son épouse meurt brutalement au domicile. Il ne ressent pas pour autant de chagrin intense, et sa fille ne semble pas plus perturbée que cela. Néanmoins, quand elle va à l'école, il décide de l'attendre toute la journée devant l'établissement. Cette décision apparemment absurde, tombe au moment où l'entreprise où il travaille (comme directeur d'une chaine de télévision) est plongée dans les tourmentes d'une fusion. Ainsi le personnage principal se trouve dans une sorte de marginalité, et créée un phénomène, pratiquement gravitationnel : tout le monde est attiré par cet oeil du cyclone, toutes les souffrances se dirigent vers l'étrange point périphérique qui s'est créé. Le personnage principal est confronté à des cas étranges, qui viennent de son entreprise, ou de sa vie familiale, plus trouble qu'il ne l'aurait cru. Il y a aussi des apparitions, assez inattendues, qui créent une sorte de vertige.

Le roman part donc d"un dispositif original, la construction en est travaillée. Plusieurs figures récurrentes scandent ce qui, sans cela, aurait put être une malheureuse bouillie laissée au hasard. Au contraire, l'ensemble est bien construit, avec des effets de surprise, de gradation, etc. Mais je trouve l'édifice trop voyant. Ainsi, le héros reçoit une proposition de promotion "pourrie", qui suppose une trahison, et qu'il refuse. Cette même scène est reproduite, mais en gradation, et l'auteur va souligner lui même le rapport. A la scène inaugurale du sauvetage en mer, qui a quelque chose de bestial, notamment par la présence incongrue d'une érection, répond une scène de sodomie avec la même personne. Le gouffre, la mort, le sexe... Je dirais que ça pourrait passer si le style n'était pas trop insistant. Sans cesse le narrateur emploie un présent, ou un passé composé, pour commenter les choses extraordinaires qui se passent sous yeux, et s'en émerveiller, ou s'en indigner, selon les cas, un peu à la manière d'un commentateur sportif. On dirait un mauvais convive qui appuie sur le moindre détail pour étirer son histoire interminable, tout en attirant l'attention. Enfin ce roman ne parvient jamais à rien toucher d'essentiel, et ne fait que remuer des petits fantasmes.

VERONESI Sandro, Chaos calme, Grasset, 2008.
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