Roberto Bolaño, La piste de glace
La piste de glace ressemble à une intrigue policière, comprenant la découverte d'un cadavre, et la résolution finale du crime. Mais le roman sort des conventions du genre en ce que le meurtre survient un peu avant la fin, laissant peu de place à l'élucidation, laquelle d'ailleurs ne doit rien à l'enquête. Le roman est composé par les voix successives de trois personnages, Remo Morán, un écrivain devenu commerçant, Gaspar Heredia, poète chilien en errance et Enric Rosquelles, bras droit du maire de la commune touristique de Z. Le point de départ de la fiction réside en cette ville anonyme, désignée par la dernière lettre.
Au début, Remo Morán engage Gaspar Heredia, ancien ami de jeunesse, pour un emploi saisonnier, car le chilien représente un moment de sa jeunesse poétique, mais ajoutons qu'il s'agit d'une poésie sombre, et que les motifs qu'il amène sont ceux du labyrinthe, de la nuit, et de la perdition. Et dès les premières pages, l'auteur donne par son style une certitude diffuse de meurtre, mais on ne sait de quoi il s'agit, ni de qui.
On suit dans cette attente les voix alternées des personnages, et même si le procédé du roman polyphonique n'est pas une grande nouveauté, et a déjà été réussi magistralement (par exemple dans Mon nom est rouge de Pamuk), Roberto Bolaño parvient à en faire quelque chose d'original. La voix d'Enric Rosquelles, fonctionnaire ambitieux, imbu de lui-même, et en même temps complexé et sincère, se détache parfaitement, elle est tout ce qu'il y a de plus senti. L'effet qu'il produit sur les autres personnages, quand on leur donne la parole, est lui aussi saisissant. Ce jeu de contrepoints donne une belle densité au roman. Enfin la piste de glace, au milieu d'une construction mégalomaniaque et délaissée, donne une allure discrètement fantastique à l'ensemble.
BOLANO Roberto, La piste de glace, Bourgois, 2005.
Au début, Remo Morán engage Gaspar Heredia, ancien ami de jeunesse, pour un emploi saisonnier, car le chilien représente un moment de sa jeunesse poétique, mais ajoutons qu'il s'agit d'une poésie sombre, et que les motifs qu'il amène sont ceux du labyrinthe, de la nuit, et de la perdition. Et dès les premières pages, l'auteur donne par son style une certitude diffuse de meurtre, mais on ne sait de quoi il s'agit, ni de qui.
On suit dans cette attente les voix alternées des personnages, et même si le procédé du roman polyphonique n'est pas une grande nouveauté, et a déjà été réussi magistralement (par exemple dans Mon nom est rouge de Pamuk), Roberto Bolaño parvient à en faire quelque chose d'original. La voix d'Enric Rosquelles, fonctionnaire ambitieux, imbu de lui-même, et en même temps complexé et sincère, se détache parfaitement, elle est tout ce qu'il y a de plus senti. L'effet qu'il produit sur les autres personnages, quand on leur donne la parole, est lui aussi saisissant. Ce jeu de contrepoints donne une belle densité au roman. Enfin la piste de glace, au milieu d'une construction mégalomaniaque et délaissée, donne une allure discrètement fantastique à l'ensemble.
BOLANO Roberto, La piste de glace, Bourgois, 2005.
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