Winnicott, de la pédiatrie à la psychanalyse

Publié le par Lucretius

De la pédiatrie à la psychanalyse est un recueil d'articles publiés par le pédiatre et psychanylste Winnicott. Malgré cette forme, l'ouvrage possède une unité indéniable, celle d'une pensée cohérente. Dans ces articles, il est beaucoup question du développement de l'enfant. Un concept important dont se sert Winnicott pour rendre compte des étapes du développement est celui d'intégration. Le nourisson n'a pas au départ d'unité psychique, c'est un psyché-soma, caractérisé par des mouvements et des besoins divers. Ce n'est qu'au bout d'un jeu d'intéractions avec l'environnement que le nourrisson acquiert, bien péniblement, un sens de la continuité, un soi ou dans le langage de Winnicott, un self. Dans la première phase, la mère doit répondre aux besoins de l'enfant, et créer un environnement parfait, dont l'enfant a besoin. L'imperfection de l'environnement est rendue ensuite surmontable par les acquisitions intellectuelles (ou réciproquement, l'intellect se développe pour compenser les carences de l'environnement). Dans cette optique les premières sensations tactiles avec des objets ont un rôle fondamental, certains acquièrent un sens très particulier; ils assurent symboliquement une continuité avec la mère. C'est le fameux objet transitionnel, appelé plus communément doudou. L'objet transitionnel est un symbole, mais ce qui est fondamental surtout, c'est qu'il n'est pas la mère elle même. Entre l'univers intérieur fantasmatique, et l'univers extérieur, plein de carences, s'établit un espace intermédiaire qui jouera tout au long de la vie, un rôle fondamental : il s'agit de l'illusion. Le psychanalyste donne a ce terme une valeur positive, et met le jeu, l'art et la religion dans cette catégorie.
Mais ce développement comporte des phases nécessaires de dépressions (où on reconnait des carences fondamentales). Contre ces dépressions le psychisme peut se protéger par une défense maniaque. Il s'agit en fait d'opposer à un fantasme dépressif, un autre fantasme qui conduit à une fuite. Ainsi, dans la vie d'adulte, courir à l'aventure est une forme de protection maniaque. Le grand danger au cours de ces phases est de créer un faux self, c'est à dire un soi qui répond à des exigences de l'environnement extérieur, et s'y adapte, sans qu'il y ait continuité avec le vrai soi, qui se cache. Je comprends le faux self comme une nécessité de faire bonne figure, qui est poussée jusqu'à se faire la grimace intèrieurement. Cette grimace semble être le visage même.
Ainsi Winnicott estime qu'il existe deux sortes de culpabilités : une culpabilité qui vient de soi ; on prend sur soi les fautes commises, et on désire réparer. C'est ce désir inconscient de réparation qui acquiert une valeur positive socialement. Mais il existe aussi une culpabilité du faux self, le vrai self ne voulant pas se sentir coupable. Le faux self peut au début pour réparer faire preuve d'une grande efficacité (cela donne des petits enfants modèles). Mais ce faux self finit toujours, à cause de son inauthenticité à se mettre en crise, et à ne plus désirer cette réparation, ce qui crée des situations d'échec.
Winnicott propose pour ces cas une thérapie intéressante quoique contestée, c'est la thérapie par régression. Il s'agit de faire revenir l'inconscient jusqu'à l'époque où le faux self s'est constitué. Or cela peut venir de la naissance même. Winnicott raconte par exemple comment il a réussi à faire régresser une patiente jusqu'à la naissance même. Et qu'ensuite la thérapie a véritablement agi. J'avoue que je suis bien obligé de faire confiance à ce qu'il dit, mais je reste un peu sceptique. Il se peut aussi que le psychanalyste ait suggéré une généalogie du mal être, que le patient a inconsciemment accepté, afin de donner à son trouble un sens a postériori, et de pouvoir le redigérer. On serait donc non dans le domaine de la régression, mais dans celui de l'illusion, voire de l'autofiction. Mais l'illusion n'est-elle pas parfois positive?
Winnitcott note lui même que les patients répondent souvent inconsciemment aux attentes implicites du psychanalyste, et que ceux qui seront traités par un jungien auront bien plus tendance à exposer des fantasmes mystiques que ceux qui sont traités par un psychanalyste d'obédiance freudienne.
En tout cas, même si certains aspects de cette pensée peuvent soulever quelques doutes, néanmoins, c'est une pensée intéressante, réfléchie, et qui a développé des concepts originaux. Enfin, Winnicott a aussi une grande influence sur les arts. L'idée de la régression, que je tiens pour une forme d'illusion, a énormément séduit un cinéaste tel qu'Hitchcock. Des films merveilleux tels que Pas de printemps pour Marnie, ou La maison du docteur Edward, sont construits selon le schéma de la régression psychanalytique.
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Publié dans Sciences humaines

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