Somoza, La dame n°13
L'ouverture de la dame n°13 est frappante, c'est une scène de cauchemar racontée comme si elle était réelle – de fait, elle l'est – et dont le point culminant est une vision d'horreur. Le personnage qui a rêvé cela est un professeur de littérature au chômage, féru de poésie, et qui ne s'est pas remis de la mort étrange de sa compagne nommée Béatriz. Quand il va sur le lieu des crimes qu'il a vus en rêve, une demeure fantastique, il y est inscrit le célèbre vers de Dante :
Lasciate ogni speranza, voi qu'entrate
Là je me suis dit que tout ce jeu de références est bien lourd, que les symboles orphiques et infernaux s'accumulent ; la barque de Charon est singulièrement surchargée, elle va couler.
Elle ne coule pas, malgré tout, et c'est là l'étrange miracle de ce livre.
On découvre peu à peu que derrière les atrocités fantastiques qui se sont produites, se cache une secte composée de treize dames, qui depuis la nuit des temps inspirent les poètes, afin de se servir du pouvoir extraordinaire des vers pour produire des effets souvent destructeurs et terribles.
Dans cette théorie mégalomaniaquement fumeuse, entrent beaucoup de lieux communs sur la poésie : le fait qu'elle soit investie d'une "puissance", qu'elle ne laisse pas indemne, qu'à l'origine la poésie avait un pouvoir incantatoire, qu'elle constituait déjà un langage mystérieux, et qu'on lui attribuait des vertus magiques. On peut consulter par exemple l'intéressant ouvrage de Marcel Mauss, sur la théorie générale de la Magie.
Somoza brasse donc ces théories, leur ajoutant un petit soupçon de psychanalyse, et construit dessus une sorte de mythologie assez rigoureuse, qui sous tend toute l'action romanesque.
Pour ma part je pense que ce genre d'oeuvres qui veulent encore faire croire aux pouvoirs magiques de la poésie, sont un assez mauvais symptôme de sa situation actuelle. La poésie est hélas si peu lue, que par réaction ses amateurs tentent d'épater les galeries commerciales en lui prêtant des vertus qui l'outragent.
Néanmoins, une fois admis tout ce fatras, le roman agit avec une singulière puissance. Sa construction est parfaite, et le tout est raconté avec art.
Par exemple, les passages oniriques sont admirablement bien sentis, ils font irruption naturellement. La manière qu'a l'écrivain d'isoler certains éléments de phrase (souvent des vers mais pas nécessairement), et de s'en servir pour couper le fil narratif, comme si un bruit insistant tentait de nous appeler et de nous sortir de nos torpeurs, a quelque chose d'envoûtant.
SOMOZA, José-Carlos, La dame n°13, Actes Sud.
Lasciate ogni speranza, voi qu'entrate
Là je me suis dit que tout ce jeu de références est bien lourd, que les symboles orphiques et infernaux s'accumulent ; la barque de Charon est singulièrement surchargée, elle va couler.
Elle ne coule pas, malgré tout, et c'est là l'étrange miracle de ce livre.
On découvre peu à peu que derrière les atrocités fantastiques qui se sont produites, se cache une secte composée de treize dames, qui depuis la nuit des temps inspirent les poètes, afin de se servir du pouvoir extraordinaire des vers pour produire des effets souvent destructeurs et terribles.
Dans cette théorie mégalomaniaquement fumeuse, entrent beaucoup de lieux communs sur la poésie : le fait qu'elle soit investie d'une "puissance", qu'elle ne laisse pas indemne, qu'à l'origine la poésie avait un pouvoir incantatoire, qu'elle constituait déjà un langage mystérieux, et qu'on lui attribuait des vertus magiques. On peut consulter par exemple l'intéressant ouvrage de Marcel Mauss, sur la théorie générale de la Magie.
Somoza brasse donc ces théories, leur ajoutant un petit soupçon de psychanalyse, et construit dessus une sorte de mythologie assez rigoureuse, qui sous tend toute l'action romanesque.
Pour ma part je pense que ce genre d'oeuvres qui veulent encore faire croire aux pouvoirs magiques de la poésie, sont un assez mauvais symptôme de sa situation actuelle. La poésie est hélas si peu lue, que par réaction ses amateurs tentent d'épater les galeries commerciales en lui prêtant des vertus qui l'outragent.
Néanmoins, une fois admis tout ce fatras, le roman agit avec une singulière puissance. Sa construction est parfaite, et le tout est raconté avec art.
Par exemple, les passages oniriques sont admirablement bien sentis, ils font irruption naturellement. La manière qu'a l'écrivain d'isoler certains éléments de phrase (souvent des vers mais pas nécessairement), et de s'en servir pour couper le fil narratif, comme si un bruit insistant tentait de nous appeler et de nous sortir de nos torpeurs, a quelque chose d'envoûtant.
SOMOZA, José-Carlos, La dame n°13, Actes Sud.
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