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Jeudi 29 octobre 2009 4 29 10 2009 09:18
Deux femmes, dont j'ai oublié le nom et le pauvre destin, vivent une expérience de déphasage. Ce n'est pas qu'il arrive des choses vraiment bouleversantes (des histoires de couples...), c'est quelque chose de profond et intime, probablement très subtil. Les deux personnages sont dans mes souvenirs (pourtant récents) des fantômes indistincts qui pourraient se croiser à New-York. Je me suis senti exilé de ce livre : il était un territoire lointain, dont je n'avais rien à faire. Les phrases emberlificotées, qui procèdent d'une mauvaise digestion de Proust et de toute la psychanalyse, ne m'ont pas donné le désir d'aller bien loin dans ce récit passionnant. La lassitude a vaincu.
Par Lucretius - Publié dans : Littérature francophone
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Samedi 24 octobre 2009 6 24 10 2009 16:38
Il faut se méfier de "Feu de Bois", ce n'est pas tant qu'il soit quelque peu alcoolique, ou qu'il gêne tout le monde par son odeur si caractéristique, mais c'est surtout qu'il a parfois des réactions imprévisibles... violentes peut-être. La guerre d'Algérie ne l'a pas rendu beaucoup plus net. Pourtant, ce qui provoque le scandale n'est qu'un cadeau, une jolie brochette, pour sa soeur. C'est sans doute une fort belle attention, mais c'est un peu exorbitant, surtout que personne dans la famille n'a les moyens de s'offrir pareille chose, et que ce marginal inquiétant les a longtemps parasités.
L'auteur commence donc son roman par une peinture de groupe, et il y excelle. L'arrivée du bien surnommé "Feu de bois" a un effet dévastateur sur le grand groupe des villageois.  Le style de Mauvignier, extrèmement travaillé, n'y est pas un vain artifice, comme il arrive souvent dans les livres édités chez Minuit. Il permet au contraire de capturer dans plusieurs dimensions des drames familiaux, intimes, ou sociaux, et de rendre palpable et vibrante toute leur complexité. Il excelle à peindre la logique et la folie des groupes, il mène naturellement le récit à des paroxysmes terribles. En somme, c'est du grand art. On peut être gêné au départ par les effets un peu voyants de style, mais ils apparaissent tous guidés par les nécessités de l'oeuvre. Mauvignier s'est emparé d'une matière humaine terrible et mystérieuse, il en fait un roman prenant, d'une construction impeccable.
Par Lucretius - Publié dans : Littérature francophone
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Mercredi 14 octobre 2009 3 14 10 2009 11:31
Un ingénieur qui travaille dans la technologie des téléphones sans fil, a quelque difficulté à gérer la tempête qui commence à emporter peu à peu sa maison. Les problèmes de couple, l'otite du fils, et le comptable qui part avec la caisse n'arrangent rien. Même si les éléments posés au départ ont quelque chose d'artificiel, ils permettent de déclancher une mécanique diabolique, un cauchemar terrifiant. Le  narrateur pose un regard renseigné, inquiet et fasciné sur les moyens de communication dont on ne peut se passer, mais dont la présence envahissante est lourde de menaces. Le rôle qu'ils jouent dans ce petit roman de terreur est premier. La sensation du personnage dupé, captif de ses propres erreurs, et victime en même temps de facteurs qui le dépassent totalement, est très bien rendue. J'ai été un peu déçu par la conclusion, mais l'ensemble présente une vraie force.

Laurent Bénégui, SMS, Julliard, 2009.
Par Lucretius - Publié dans : Littérature francophone
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Samedi 12 septembre 2009 6 12 09 2009 12:00
Le roman s'ouvre sur l'enterrement de Jean-Paul Sartre en 1980, qui clot définitivement toute une époque. D'anciens amis ou camarades, qui ne s'étaient pas vu depuis l'enterrement d'un certain Sacha, se retrouvent pas hasard. Ils évoquent rapidement avec une pointe d'ironie ces années. Après cette ouverture qui esquisse l'ensemble, on plonge directement dans une fresque immense. Tout est centré sur le narrateur personnage, Michel, un lycéen, dont la mère est de famille bourgeoise, et le père d'origine prolétaire, beaucoup plus porté vers des idées subversives. Le grand frère, par ses relations et son tempérament, s'engage totalement dans les problèmes politiques de son temps. Michel va par ailleurs entrer dans un Club d'échecs au nom bien curieux : Le club des incorrigibles optimistes. Il s'agit essentiellement d'apatrides qui pour une raison ou une autre ont dû fuir la Russie, la Hongrie, ou la Grèce. Tous ont une histoire hallucinante. Le grand art de ce roman, est que Guénassia réussit à tresser ensemble tous ces destins divers, dans une construction exemplaire, et sans jamais qu'on sente la "reconstitution" historique. Quoi que tous les problèmes qui déchirent l'époque (communisme, guerre d'Algérie etc.) soient représentés, à aucun moment on a l'impression qu'il s'agit d'une leçon d'histoire déguisée, comme malheureusement avec Les sentinelles de Bruno Tessarech. Le regard point de vue choisi, de ce lycéen un peu rebelle, qui a déjà une forte personnalité, mais encore une certaine fraîcheur, sonne avec une grande justesse. À aucun moment on se dit que c'est fabriqué, que c'est anachronique, ou que ce qu'il dit est trop intelligent ou trop bête. Avec une matière si riche, si variée, Guenassia arrive à trouver une forme adéquate, ambitieuse, et qui rend compte avec simplicité de la complexité d'un monde. La variété des tons est merveilleuse : les descriptions de destins cassés côtoient les scènes cocasses. Le tout conserve malgré l'ampleur une véritable unité. Toutes ces qualités font que, même si le style est très discret, et disons-le presque inexistant, ce roman laisse une très forte impression. Vraiment, sans aucun doute pour moi, c'est l'un des meilleurs romans parus dans cette rentrée littéraire.

GUENASSIA (Jean-Michel), Le Club des Incorrigibles Optimistes, Albin Michel, 2009.
Par Lucretius - Publié dans : Littérature francophone
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Mardi 8 septembre 2009 2 08 09 2009 18:27
Entre le voyage et le retour
se trouve coincé
ce temps pourri
qui peut pousser à la folie.

Dany Laferrière scrute en poète l'étrange expérience qui le fait retourner dans son pays natal, à Port-au-Prince, pays qu'il avait quitté pour s'installer à Montréal. Tout commence avec l'annonce de la mort de son père, qui l'oblige à revenir. C'est alors le début d'un retour à la fois géographique et spirituel. Celui-ci ne saurait être direct : le temps est là, comme un mur mystérieux, sans cesse interrogé. Et jusque dans son retour il affirme une nécessité, vitale pour lui, de partir. Le vrai voyage est sans billet de retour. Il ne s'agit donc en aucun cas d'un désir de reprendre racine, de chanter les merveilles du sol natal. C'est un retour, mais sans la trace d'une nostalgie. L'image qu'il montre de Haïti n'est donc pas édulcorée, elle est bien loin d'une idéologie du terroir. Cette redécouverte n'en est que plus intéressante. C'est le ressurgissement étrange du familier. Dany Laferrière plonge dans les ambuiguïtés de cette expérience en passant de faits concrets et triviaux à de grandes maximes, qui se livrent par des images simples et fortes, inspirées.

LAFERRIÈRE (Dany), L'énigme du retour, Grasset, 2009.
Par Lucretius - Publié dans : Littérature francophone
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